MUSICAUTISME

Cette recherche, soutenue par le CHU de Nantes et le CHS Daumezon est financée par Entreprendre pour Aiderl’Académie Française et l’Institut de Musicothérapie de Nantes.


 

La musicothérapie est une méthode thérapeutique utilisée depuis plusieurs décennies en psychiatrie dans la prise en charge des maladies mentales. Initialement largement liée aux théories psychanalytiques, dominantes dans les années 60-70, elle est aujourd’hui inscrite dans des modèles de compréhension plus intégratifs. Son objectif est thérapeutique, c’est à dire qu’elle vise à diminuer les symptômes psychiatriques des patients qui sont pris en charge.


 

Selon la Fédération Française de Musicothérapie : « La musicothérapie est une pratique de soin d’aide, de soutien ou de rééducation qui consiste à prendre en charge des personnes présentant des difficultés de communication et/ou de relation ». Il existe différentes techniques de musicothérapie, adaptées aux populations concernées : troubles psychoaffectifs, difficultés sociales ou comportementales, troubles sensoriels, physiques ou neurologiques. La musicothérapie s’appuie sur les liens étroits entre les éléments constitutifs de la musique et l’histoire du sujet. Elle utilise la médiation sonore et/ou musicale afin d’ouvrir ou restaurer la communication et l’expression au sein de la relation dans le registre verbal et/ou non verbal. En musicothérapie il ne se pose pas tant la question de savoir « ce que la musique fait au patient« , mais plutôt « ce que le patient fait de la musique qui lui est donné à entendre, ou à produire« . Il s’agit donc de proposer à un patient, ou un groupe de patients, dans un cadre thérapeutique des expériences musicales, au travers desquelles, et avec l’aide du thérapeute, il pourra élaborer, à son rythme, une manière de transformer son rapport à lui-même, aux autres et au monde.


Comme beaucoup de techniques psychothérapeutiques, la musicothérapie n’a bénéficié que de très peu d’évaluation de son efficacité. Si cela s’explique pour partie les difficultés méthodologiques, celles ci ne sont pas insurmontables et l’évaluation des pratiques est devenue indispensable tant pour les patients eux-mêmes que pour les professionnels, singulièrement à l’époque actuelle.


L’étude de la littérature scientifique offre une situation contrastée, il existe une quantité importante d’article en sciences humaines et psychanalyse, décrivant souvent un cas et, d’un autre coté une très peu d’article évaluant selon les critères méthodologiques classiques l’efficacité de ces techniques. En effet, on retrouve 24 articles seulement dont l’analyse détaillées permet uniquement d’extraire 3 études comparables avec notre projet, en particulier si l’on exclu les travaux n’étant que des case series (généralement montrant une efficacité) ou ceux, nombreux n’étudiant que l’effet de la musique seule (généralement des travaux d’imagerie cérébrale fonctionnelle). Notre propos étant d’effectuer une étude randomisé contre « placébo » nous nous sommes concentrés sur les études comparables. Ces trois études sont récentes (moins de 15 ans) et sont de court termes, de une a quatre semaines (Brownell 2002, Farmer 2003, Buday 1995). D’un point de vue design expérimental, deux était en cross over (c’est-à-dire avec inversion changements des patients de groupe durant l’expérimentation). Aucune n’avait de période de follow-up qui aurait pu donner une indication sur l’efficacité à long terme. Les enfants inclus dans ces études était majoritairement des garçons (plus de 80 %) et entre 2 et 9 ans. Deux études étaient randomisées, l’une étant seulement “contrebalancée”.


La technique de musicothérapie utilisée dans les études était majoritairement réceptive, sauf pour une qui utilisait l’écoute et la production (Farmer 2003).


Les évaluations étaient pour toutes les études des scores tirées de l’observation vidéos de la séances concernant les habilités de communications verbales et non verbales (la façon exacte de mesurer et donner des scores n’était pas précisé). Aucune étude n’utilisait d’échelles psychométriques validées et habituellement utilisée dans les études d’efficacités de dispositifs médicaux ou de médication dans des populations de patients autistes.


Au total, il nous apparaît qu’il existe un manque d’étude qui répondent aux critères de la recherche internationale, on constate que

  • Les effectifs sont faibles
  • La durée est beaucoup trop courte pour une telle prise en charge
  • L’évaluation n’est pas standardisée
  • Le design expérimental est toujours de comparer musicothérapie à un placébo qui est souvent aucune intervention mais pour Farmer et al, une écoute musicale ce qui est interessant parce que on sait que la musique en elle-même à une action thérapeutique. De récents travaux en imagerie cérébrale ont montré que la musique avait un impact essentiel et positif sur des zones cérébrales impliquées dans l’utilisation des ressources attentionnelles et mnésiques ainsi que dans la gestion des émotions.
  • L’évaluation est faite en aveugle.
  • Ces études dans leur ensemble ne concluent pas qu’a un effet modéré sur les comportements sociaux et l’agressivité mais avec des mesures discutables et sur une durée très courte.

En nous inspirant de ces travaux mais en proposant une méthodologie qui répondent a leurs faiblesses, nous nous proposons donc d’évaluer l’efficacité de la musicothérapie dans les Troubles du Spectre Autistiques.


Sur le plan pratique, la musicothérapie se pratique par séances d’une heure environ et généralement en groupe de 3 à 4 patients. Ceux ci sont accompagnés des 2 musicothérapeutes ayant bénéficié d’une formation spécifique universitaire[1], associés le plus souvent à un membre de l’équipe, généralement éducateur ou infirmier, qui connaît les patients. Les séances sont hebdomadaires et sur une durée de 9 mois (une année scolaire). La structure de la séance réponds à un protocole particulier. Les techniques sont variées mais nous n’utiliserons pour notre travail qu’une seule technique et un protocole précis afin de permettre les comparaisons. Lors de la séances l’écoute de musique, et la production de musique (chant par les participants) se fait en interaction avec le musicothérapeute cette interaction est thérapeutique c’est ce qui explique que la musicothérapie est une psychothérapie. Il est important de distinguer la musicothérapie de l’écoute musicale qui n’implique pas de processus d’interaction avec un thérapeute et donc pas de psychothérapie.


Notre étude va donc comparer l’efficacité de ces deux techniques de prise en charge.


Sujets :

Patients présentant des Troubles du Spectre Autistique diagnostiqué a l’aide de l’Autism Diagnostic Interview-Revised (ADI-R) qui est la méthode de référence permettant d’obtenir un diagnostique selon les critères du DSM. Nous envisageons l’inclusion de 30 patients qui seront recrutés dans différentes institutions de la région nantaise et vendéenne.

  • Seront inclus tous les patients autistes âgés de 4 à 7 ans ne présentant pas les facteurs d’exclusion ci-dessous.
  • Seront exclus, les patients présentant un trouble sensoriel de type surdité, associant une pathologie neurologique (autre que l’épilepsie stabilisée)[2] , les patients ayant un traitement psychotropes qui aurait été modifié depuis moins de trois mois et les patients présentant des troubles du comportement incompatible avec la prise en charge en musicothérapie. Les patients présentant une déficience intellectuelle avec QI inférieur à 50 au WPPSI seront également exclus.

Nous ferons signer un consentement de participation aux parents ou tuteurs légaux des enfants.


 

Design expérimental

Une fois sélectionnée, et l’accord obtenu, les patients seront randomisés (randoweb[3] ou équivalent), et répartis en deux groupes.

  1. Un groupe bénéficiant d’une prise en charge en musicothérapie selon un protocole identique (durée, musique, programme) pour chacun des sous groupe de 3 à 4 patients. Rythme d’une séance par semaine pendant 9 mois, hors vacances scolaires.
  2. Un groupe bénéficiant d’’une séance d’écoute musicale de même durée que la séance de musicothérapie et avec une musique identique (même si la séquence musicale peut être différent puisque la séance de musicothérapie inclus des interruption et des chants). Rythme d’une séance par semaine pendant 9 mois, hors vacances scolaires pour chacun des sous groupe de 3 à 4 patients.

Nous proposerons une évaluation clinique à l’aveugle de la sévérité des signes cliniques aux patients avant l’entrée dans le groupe, après 4 mois puis à la fin de la prise en charge. Cette évaluation inclura, une échelle globale de fonctionnement (CGI), deux échelles de sévérité des troubles autistiques évaluant les différentes dimensions (ADOS, CARS), une échelle de retentissement fonctionnel (Vineland), une échelle de comportement XXX et une echelle d’automutilation (la figure 1 schématise ce design experimental)


L’hypothèse principale est que la musicothérapie est plus efficace que l’écoute médicale sur les symptômes autistiques. Le critère principal d’évaluation sera la CGI et les autres échelles seront les critères secondaires.


Résultats attendus et implications

Nous souhaitons montrer que la prise en charge en musicothérapie est plus efficace que l’écoute musicale « simple » chez les enfants autistes sur leurs signes cliniques. L’intérêt est d’apporter des arguments pour ce type de prise en charge et de valoriser le travail psychothérapeutique qui se passe dans l’interaction avec les patients dans le cadre de la séance de soin lorsque celui ci est effectué selon des techniques enseignées, validées et par un musicothérapeute.


 

[1] Il existe un Diplôme Universitaire à l’Université de Nantes, dirigé par le Pr Olivier Bonnot et un Master à Paris-Descartes, dirigée par le Pr Edith Lecour. Les musicothérapeutes regroupés au sein de la Fédération Française de Musicothérapie ont signés un Code de Déontologie, précisant le cadre professionnel, éthique et déontologique de leur exercice.


[2] Les autistes syndromique de type microdélétion 22q11, Scléroses Multiples… seront inclus


[3] Site WEB géré par la Direction de la Recherche Clinique permettant la répartition aléatoire de patients en deux groupes de façon a éviter la sélection subjective des intervenants (par exemple proposer aux patients les plus sévères un groupe plutôt qu’un autre).


 

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